dimanche 24 octobre 2010

Sauvons les grévistes...



Alors là, le sommet est atteint. Celui de la connerie et de l'indécence...

Samedi matin, la préparation de quelque fête de famille m'amène à faire les courses rituelles à Guy Môquet, où certaines échoppes présentent une qualité de marchandise que certains beaux quartiers de Paris feraient bien d'imiter. Mais là n'est pas mon propos.

En sortant d'une belle boucherie (pas à cause d'une bagarre...), nous sommes alpagués par un mendiant qui tend sa moque métallique pour quelques piécettes. Un de plus. Mais non, car le quidam clame bien haut : "solidarité des grévistes !". Les bras m'en tombent, avec les paquets qui y sont accrochés. Ainsi, un clampin de la CGT, car en y regardant bien il arbore toutes ses "décorations", est là pour faire l'aumône de manière que les grévistes qui se donnent du mal sur le terrain puissent être dédommagés de leur engagement citoyen. Je dis stop !

Non seulement ces emmerdeurs nous plombent des journées avec manifestations, opérations escargots et autres blocages de raffineries, sans parler des métro et des trains qui font jouer l'usager à une roulette perdue d'avance, mais en plus ils viennent le week end nous soutirer une pièce pour les aider à affronter le manque-à-gagner de leurs journées d'action. Mais au lieu de se regarder le nombril et d'essayer d'attendrir le citoyen, ont-ils une idée de la situation dans laquelle ils mettent le pays en agissant de manière égocentrique ? Ils sont une minorité, car même si quatre millions de personnes font grève, en voyant large, ils ne représentent que 10% des travailleurs français. Nous nous laissons donc pourrir la vie par une poignée de glandeurs professionnels, soutenus par une presse de pompiers pyromanes qui attisent les braises pour en faire un brasier. Combien de temps allons-nous encore supporter cette main-mise syndicale sur l'économie de notre pays ? A-t-on réellement les moyens de se permettre un tel comportement, irresponsable et contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, totalement anti national ?

Le meilleur est toujours à venir. Samedi soir, Besancenot, futur patron du PS, se glorifiait d'une grande réussite puisque 6 000 euros avaient été récoltés lors de cette quête... 6 000 euros, pour soi-disant des centaines de milliers de manifestants. Mais de qui se moque-t-il ? De qui cette presse se fout-elle en relayant des informations aussi minables ? Admettons qu'il manque un zéro, même 60 000 euros ne pourraient subvenir aux besoins des ces batteurs de pavé. Tout cela est quand même pathétique.

Ne nous trompons pas sur ce que j'écris. Le droit à la contestation, oui. La grève, oui, en dernier recours et pour une véritable cause (ah, j'en vois qui réagissent : la retraite est une vraie cause, mais ce n'est pas le sujet de ce billet). Mais le bordel organisé par des hypocrites (car des discussions, il y en a eu, des rencontres et des échanges, il y en a eu) et la recherche de la paralysie du pays, NON !

Enfin, la question qui se pose porte sur le fonctionnement de l'autorité de l'État. Comment une telle situation peut-elle encore s'installer en France, et pourquoi nos dirigeants, et je ne parle pas des politiques mais des grands directeurs de nos administrations, ne peuvent-ils anticiper ces dérives ? J'ai bien une réponse, mais...

Qu'on se le dise !





mercredi 13 octobre 2010

Cette vieille jeunesse...



C'est quand même curieux que les extrêmes soient à ce point érigés comme des standards. Je m'explique.

Une récente publicité dérangeante a couvert de ses visuels repoussants les espaces publicitaires (trop nombreux) de nos villes. On y voyait quelques vieux déguisés en jeunes, avec une accroche, une supplique, un souhait malsain appelant à ne pas vieillir trop vite... Et alors quoi ? Vieillir est une tare ? Faut-il rester dans les canons d'une jeunesse étouffée par les apparences pour exister dans notre société en perte de repères ? Faut-il s'habiller comme nos enfants pour avoir encore le droit de se mouvoir dans nos cités formatées par les magasins de fringues ? Rester jeune, voilà donc le salut pour ces vieux qui communiquent sur facebook à partir de leur iPod ... Si t'es vieux, sois au moins invisible, cache-toi et fais pas chier... En tout cas, je ne mets plus les pieds chez Virgin qui ne veut pas de moi, quinqua sénile et ventripotent, engoncé dans des costards bon marché, qui ne sait ni surfer ni se bousiller les tympans avec des écouteurs accrochés aux lobes.

De l'autre bord, le débat sur les retraites éveille le dynamisme de notre jeunesse mature et responsable... Aujourd'hui, j'ai remonté le cortège de la manifestation qui s'étirait mollement de Montparnasse à Bastille. Je déjeunais à Maubert, et pour rentrer à mon bureau de vieux du boulevard Raspail, je suis allé à contre-courant, comme un saumon qui lutte contre le flux irréversible du fleuve. Pendant que la tête du lombric géant glissant sur le pavé se trouvait à la Mutualité, je pus constater en traversant la rue de Rennes que les derniers étaient encore au niveau de Montparnasse. Il y avait vraiment du monde. Mais ce peuple qui pense pouvoir inverser le cours des choses en battant la chaussée était composé pour les deux tiers d'étudiants, de lycéens, de jeunes godelureaux inconscients. Au cri de "Sarkozy t'es foutu, la jeunesse est dans la rue !", ils se donnaient des airs d'héritiers sans mérite de leurs parents, voire leurs grands-parents, qui cherchaient une plage sous les pavés en mai 1968. Quelle dérision... Qui sont ces jeunes de la génération zapping qui se projettent cinquante ans plus tard ?... Qui sont ces pauvres bougres qui écoutent le chant des sirènes d'une contestation infondée ? Qu'ils s'inquiètent plutôt de leurs études et se projettent sur leur futur métier, qu'ils ont déjà bien du mal à visualiser ou à choisir, au lieu de croire que leur branlette simili-politique va leur garantir un avenir. Ils ne savent déjà pas ce que c'est que travailler et on leur rebat les oreilles avec un disours sur la retraite... Que les hypocrites syndicaux et politiques qui les envoient jouer aux grands cessent de mettre en avant ces gamins pubères pour défendre des positions qui ne concernent qu'eux.

Alors d'un côté, il ne faut pas vieillir, et de l'autre on envoie les jeunes au casse-pipe pour défendre les vieux... Ben moi je suis un vieux jeune qui espère bien pouvoir être productif le plus longtemps possible, au service de mon pays, et un jour pour le plus grand plaisir de mon éditeur !

Qu'on se le dise !





dimanche 30 mai 2010

Terminé barre et machines




Voilà. Le porte-hélicoptères Jeanne d'Arc, bâtiment de la Marine nationale, a mis bas les feux et arrêté les moteurs de barre pour la dernière fois. A 46 ans, elle rend ses derniers soupirs.

Pourtant, elle est encore vaillante, cette vieille baille. Avant d'arriver, elle a mis les machines sur le pont, montant à plus de 30 noeuds sur le fond, c'est-a-dire près de 60 km/h. Pour un engin de quelques milliers de tonnes, faut l'faire à son âge comme dirait le patron d'une maison de retraite. Ce fut, paraît-il, un moment exceptionnel, ce qu'on croit aisément. Le pacha, que j'ai connu élève lorsque j'étais chef de cabinet de l'amiral commandant l'Ecole navale (hé oui, ça passe...), me disait qu'il n'avait jamais descendu la Manche aussi vite. Et lors de la ribote de jeudi, il fallait voir le visage rayonnant du chef machines, le fameux Eagle 334. Il jubilait, heureux et manifestement comblé du sentiment du travail accompli. Le chef d'Etat-major soulignait pour sa part que la tenue extérieure de la machine était exemplaire et que l'âge n'avait pas d'emprise sur la qualité de l'entretien des locaux.

Mais surtout, le fier vaisseau n'a pas pris une ride. Jeudi soir, pendant le cocktail, j'ai pris le temps de m'y promener. Les coursives sont les mêmes qu'il y a 29 ans (hé oui, ça passe...), dans le jus, avec les odeurs, les bruits de fond, les perspectives et les repères visuels de tous ordres. Je me revis, l'espace de quelques secondes, dans ces longs passages, me collant parfois aux cloisons dans des coups de roulis plus marqués, gagnant le carré pour déjeuner dans l'ambiance sonore faite des appels de la diffusion générale. Je revis Albert Grimaldi, jeune élève, s'entretenant avec un officier-marinier devant le BSI (bureau du service intérieur), je revis les copains sirotant un gin-cointreau au bar OE (officiers-élèves) la veille de l'escale, je revis de la passerelle ces quarts de nuit où tout se construit, je revis le pont d'envol avec ses mouvements d'avions et ses cocktails improbables... Je revis aussi mon poste, cet endroit multitâches où le réveil fait place au cours du matin, où douze gamins poursuivent leur formation sous la houlette d'une officier subalterne expérimenté, où les coups de spleen font place aux blagues de potaches... Et puis je revis la salle de conférence, cette salle modulable, sorte d'amphi embarqué, où les cours magistraux à la mer étaient ponctués à l'escale par le discours d'accueil de l'ambassadeur. Je ne pus m'empêcher de me glisser une dernière fois dans le fond, un peu dans la pénombre de ce jeudi soir, pour laisser remonter ces instants où finalement nous étions tous réunis pour recevoir un seul et même message.

Il me vint alors la réflexion que ce bateau était bien plus qu'un vieux tas de ferraille à bout de souffle. Cette coque qui a connu toutes les mers du monde, et qui pour sa dernière traversée s'est offert le cap Horn et les chenaux de Patagonie, était avant tout le seul bateau de la Marine nationale sur lequel tous les officiers de cette institution ont embarqué pour parfaire leur formation. La Jeanne, c'est notre bateau à tous. Depuis 46 ans, tous les bordaches, tous les officiers de l'école militaire de la Flotte, tous les commissaires de Marine, tous les administrateurs des Affaires maritimes, tous les médecins de Marine dont les navalais, des ingénieurs de l'armement, de nombreux officiers étrangers, tous les grands chefs de notre Marine ont vécu environ une année sur ce bateau. Il est notre point de départ commun pour une carrière maritime. Il est notre référence commune, notre souvenir commun, le bateau nourricier des bases mutuelles. C'est ce qui en fait son caractère unique, c'est ce qui fait que nous en sommes tous son âme.

La remise de la flamme de guerre, avant le cocktail, fut un joli moment, une cérémonie innovante qui donna à cette soirée une solennité et une émotion méritées. Dans cette pièce de tissu qui n'en finit pas, dans ces 70 mètres d'étamine, plus de 5000 élèves, avec les équipages qui les ont accompagnés, tissent cette aventure gravée à jamais dans le coeur de chacun. Mais rien n'est fini.

Adieu la Jeanne. Tu vas rejoindre dans les mémoires et les récits le Borda, l'Iphigénie et ton illustre prédecesseur avec ses quatre cheminées. Ton descendant, le Dixmude, n'est pas encore à flots. Mais tout comme toi qui fut la Résolue, peut-être que le Dixmude reprendra ton fameux nom et portera de nouveau sur toutes les mers du globe les lettres blanches de Jeanne d'Arc.

(photo : Caroline K)

vendredi 29 janvier 2010

La mer n'est jamais loin...


...dans ce que j'écris.

Mon dernier roman, tout juste sorti. Il est disponible sur le site de l'Harmattan, ou dans toute librairie.

Voici le résumé qui figure au dos :

Entre le ciel et l'océan, deux hommes se rencontrent.

Paul habite en solitaire une petite maison au bord de mer. Louis vient se ressourcer dans une anse voisine. Leur occupation commune consiste à profiter de leurs points de vue sur la vie, et à converser sur divers sujets. Paul, vieux sage calme et posé, tente d'ouvrir les yeux de son interlocuteur, auteur comprimé par la ville et ses habitudes égocentriques. Louis a connu le succès littéraire et vient chercher dans la solitude littorale de nouveaux leviers afin de poursuivre ses travaux d'écriture.

Leurs échanges les conduisent sans attendre sur le chemin de l'amitié, construite au fil de leurs moments improbables au cours desquels Louis se débarrasse d'une carapace encombrante. Lorsque Paul sent que son compagnon quotidien est prêt à l'entendre, il lui livre un secret pesant.

Louis, pour sa part, se trouve transformé par cette semaine riche et puissante où un homme inconnu lui a transmis une forme de grâce. Dans le vent d'un soir, se matérialise leur amitié dont Louis devient le gardien éternel.


Bonne lecture.

mercredi 13 janvier 2010

Caroline K, le talent en mouvement


C'était à la fin du mois de juin 2009. Au pont inférieur d'une péniche, aux pieds de la tour Eiffel, une artiste peintre exposait son travail pour la première fois.

Dans un longue et large coursive, des toiles sont accrochées sur un bord, des toiles multicolores, où les bayadères se mêlent aux tortillons et aux fleurs, dans une harmonie de tonalités qui dénotent la maîtrise technique. Sur l'autre bord, face à ces toiles où l'on devine une suite puissante, pendent avec malice des dessins au galbe pur, mettant en scène des petites poules qui souvent tentent de transgresser la rigidité du monde en passant une patte par un carreau, ou s'accrochant à la lune comme à un ballon qui vous emporte pour fuir le vacarme quotidien. Le charme de ces personnages se retrouve dans les oeuvres que l'on découvre plus loin.

Au bout de cette coursive, les première poules sur des codes-barres nous sourient. Poules, poussins, la basse-cour s'ébroue sur des lignes noirs, que soutiennent des chiffres. Oui, ce sont bien des codes-barres, posés sur la toile comme les barreaux d'une prison sociétale. Les gallinacées, couvertes de fleurs plaquées et de couleurs vives, écrasent par leur légèreté ces témoins d'une civilisation du formatage, de la consommation à outrance, de l'enfermement dans les conventions et les acquis. Les poules ont l'air de bouger sur la rugosité d'un univers que Caroline K surmonte par la fraîcheur et la vérité de son art.

La dextérité de son trait associé à la finesse des couleurs nous transportent dans un monde où la révolte latente s'exprime avec humour et délicatesse. Dans le grand carré arrière s'affichent les toiles majeures par leur taille et leur sujet. Car il ne s'agit plus seulement de poules esbaudies, au regard mutin ou à la moue lascive, mais d'une fillette aux cheveux d'or, d'hommages pertinents à Magritte et à Mondrian, et d'une immense girafe à la robe fleurie, au regard interrogateur tourné vers ce tableau où les espèces animales en voie de disparition se succèdent, la dernière étant l'être humain, toujours sur fond de striures sombres. La force et l'énergie de ces grands châssis nous disent, en courbes précises et assurées, en contrastes marqués dans une luminosité remarquable, que Caroline K est plus qu'un peintre. Elle est un miroir, une traductrice de la société destructurée dans laquelle nous devons évoluer, en dépit des apparences formelles qui semblent nous guider chaque jour.

Après cette exposition, j'eus le plaisir, voire le privilège, de visiter son atelier. Dans une pièce de son domicile où chaque mur porte au moins une de ses créations, galerie chatoyante autant que privée, sous le toit percé d'un velux, son chevalet soutient sa dernière toile. Son dernier code-barre, me dit-elle. Une femme nue, au visage rentré dans les genoux, assise comme en tailleur, laisse sa chevelure couler sur ses jambes. Drapée d'un voile imprimé de fleurs et de pois aux multiples couleurs, elle montre dans sa nudité la fragilité de l'artiste qui surmonte l'âpreté des rayures sombres. Ce voile qui s'enfuit de la toile appelle la suite de son parcours pictural. Elle m'offre la possibilité de contempler d'autres travaux, et je découvre la face cachée de ce peintre aux facettes nombreuses, kaléidoscope vivant qui explore dans chaque tableau un thème qui lui est cher. Elle possède une zone interdite, un territoire sombre qu'elle conserve pour le moment, où les déchirures et les lumières de la nuit se retiennent pour un jour mieux éclater aux yeux du public.

La musique constitue un autre domaine où son sens artistique trouve un terrain expressif. Auteur-compositeur de chansons, pianiste avertie, elle eut en 1990 un succès londonnien qui ne trouva pas d'écho en raison d'obligations familiales et maternelles. Mais elle poursuit son chemin sur cette voie dans l'écriture récente de chansons aux textes acérés, tendres et précis, portés par des mélodies simples et pénétrantes comme ses tableaux. Son temps est consacré à la peinture, mais ses qualités musicales pourraient recevoir une réelle reconnaissance le jour où elle se penchera de nouveau sur son clavier.

Caroline K est un artiste réaliste, plus que figuratif. Elle peint avec précision, ignore le noir mais le fabrique si besoin, et parle de ses influences avec une réserve qui exprime son respect pour Klimt ou Kandinsky. La couleur est un véritable mode d'expression, les formes représentent l'esprit et l'assemblage construit une oeuvre éclectique, riche et poignante. Au mois de décembre, au cours d'une déambulation au marché de la création de La Bastille, je tombe sur son stand. Elle est là, entourée de petits tableaux où l'on retrouve ses petites poules. En particulier, les poules à Caro, clin d'oeil personnel, sont des petits formats où des poulettes rebondies, faites de papiers peints, se prélassent sur fonds de carreaux ressemblant à du Vichy de différentes nuances. Caroline K m'explique qu'elle se dédouble et crée Caroline K Pop, ligne de toiles accessibles, plus décoratives, sur des supports de lin naturel par exemple. Sa créativité et sa gaieté se retrouvent dans ces travaux légers et de grande qualité. Dès qu'elle manie son pinceau, quel que soit le format ou le sujet, elle saisit le regard et parvient à dire sa sensibilité, sans forcer, sans procédé ni tricherie. C'est là le vrai talent.

Il faut, sans hésiter ni tarder, découvrir Caroline K. Que ce soit sur son site internet web.mac.com/caroline.k ou son blog http://kotlapoule.over-blog.com, ou que ce soit dans ses expositions à venir (voir le programme sur son site, rubrique actualité). Cette artiste en pleine évolution recèle un potentiel qui va devrait prendre valeur dans les années à venir. Du reste, ses récentes toiles sur le mouvement confirment son brio, qu'elle parvient à faire progresser tout en conduisant une vie de famille en tant que mère de trois filles.

Le talent finit toujours par être apprécié. Caroline K est un cas remarquable qu'il nous appartient d'encourager en propageant notre plaisir de contempler ses oeuvres.



jeudi 24 décembre 2009

30 ans après, la suite

A son tour, mon ami Antoine, brillant officier (comme nous tous !) de la promo 79 de Navale, apporte son témoignage à notre soirée de du début du mois. Merci et bravo pour cette contribution que je publie à sa demande, sans en changer un mot. D'ailleurs, si ce nouveau billet inspire d'autres camarades, envoyez-moi votre proposition. Je la publierai si vous le souhaitez. Mieux : si nous sommes assez nombreux à témoigner de cette soirée, nous pourrions en éditer un petit recueil pour la mémoire, comme un album promo. Ainsi, les absents pourraient piocher dans ces visions les images qu'ils ont manquées. Au fait, le photographe qui a mitraillé le cocktail a-t-il fait de bons clichés ?


"Mardi 3 décembre 2009, 19h35... Fin de journée habituelle dans mon bureau de la DPMM ; face à moi, une pile de dossiers que je n’ai pas eu le temps de consulter et signer, à gauche cette vue imprenable sur les colonnes du ministère de la Marine, la place de la Concorde et surtout le Grand Palais. Quel luxe ! Profiter au quotidien de ce panorama... Je ne me lasserai jamais de ce coucher de soleil sur le Grand Palais, ce drapeau français au dessus de la coupole, seul symbole de couleur dans la nuit parisienne. Là planté, immobile, notre identité nationale fièrement installée au coeur de notre capitale.

... Journée habituelle, non pas vraiment, Charlotte est à Londres pour une semaine et ne particpera pas à cette réunion d’anciens. Qui trouverai-je dans quelques minutes dans les salons de l’hôtel de la Marine dont la lumière monte déjà jusqu’à mon bureau ? Version anciens combattants avec un refuge dans le “tu te souviens de...” un peu pathétique ou version cadres bourgeoisement installés et plein de projets ?... Il y aura certainement les deux et tant mieux. Comme tous les jours, je me répète Mac Arthur en enfilant ma veste galonnée et médaillée “la jeunesse n’est pas un âge, elle est un état d’esprit”... J’espère que nous nous retrouverons entre jeunes ce soir.

... Arrivé dans les salons, une banalité pour le chanceux que je suis, habitué aux buffets, déjeuners de travail ou commissions supérieures mais tout de même, Marc nous rappelle le remarquable travail accompli par le biais d’un mécénat. C’est le lieu qu’avait choisi le Président Mitterand pour recevoir ses hôtes prestigieux en 1989, aujourd’hui, le prestige s’appelle Denis, Vincent, Alain et les autres. Quarante camarades de promotion dans cette caverne sous les ors, les rouges, les bleus et surtout les lustres et les regards complices de quelques anciennes figures maritimes. Comment avant de penser aux amis présents, ne pas être ébloui devant ce génie français ?... Oui, je le reconnais, je ressens une certaine fierté et une profonde émotion face à ce patrimoine parisien qu’ont réalisé nos prédécesseurs. Et dire que dans quatre ans ou peut-être moins, il faudra passer la main, j’espère encore que la sagesse l’emportera et que notre république ne bradera pas ce bijou.

Au-delà du décor, ce sont mes amis de trente ans que je suis venu retrouver. Premières impressions : ils vont bien ! Jugement prétentieux penseront certains ; non ! Avis instinctif de quelqu’un qui baigne dans les RH depuis plusieurs années et qui mesure jour après jour le poids du “struggle for life” cher à Darwin si prégnant pour de nombreux marins, de nombreux humains. Dans notre pays trop riche d’enfants gâtés, on a construit des être fragiles sans résilience. Notre génération, notre promotion a-t-elle été épargnée ou a-t-elle rebondi quand il le fallait ? En tout cas, “ils” vont bien et la soirée sera joyeuse.

J’aime que mes amis réussissent et j’ai une véritable admiration pour ceux qui se sont glissés dans le monde civil et y ont trouvé une activité intéressante et épanouissante. L’étape est peut-être moins compliquée à franchir que je l’imagine ... Mais on ne m’ôtera pas de l’idée qu’on y défend d’autres valeurs - sans aucune hiérarchisation entre elles - et que cette mutation est une profonde rupture.

Revenons à cette soirée où trente ans après, on se retrouve mais dans des registres tous différents : vieux couples/jeunes couples, grand-pères/jeunes papas, parisien/provincial, métropolitain/expat, sédentaire/voyageur... sans oublier militaire/civil. On ne peut pas ne pas évoquer ces trois années partagées sous le regard exigeant et... protecteur de nos loufiats (deux sur trois seront présents).

Quelques coupes de champagnes, des toasts, pas besoin d’ice-breaker, les décibels sont vite au rendez-vous et les discussions se succèdent. On croit s’éloigner de son monde professionnel mais très vite, les échanges tournent autour de l’A400M et son retard, des exportations hypothétiques de Rafale, du battle lab de Thalès à quelques jours de décisions internes stratégiques... Aurions-nous les manettes de la Défense ? De N- 100 que nous étions à l'École navale, nous avons certes franchi quelques échelons mais restons modestes et attendons encore quelques années pour qu’il y ait parmi nous peut-être un véritable décideur...

Halte aux parenthèses, retour au coeur de cette soirée et ses pépites : le Sénégal, l’Inde, la Libye, les États-Unis, la Grande-Bretagne... Autant de lieux que nous racontent nos aventuriers de l’industrie, ils ont pris le relais des escales.

Il est temps de passer à table. Bravo Marc pour cette organisation, dîner assis dans les grands salons pour environ quatre-vingt convives, personne ne l’oubliera. “Jules” très ouvert, je choisis une table de “marcels” et “seuteux”. Mes voisins, cadres sup, découvrent les méandres de la haute administration ou des couches dirigeantes : billard à trois bandes, batailles d’égo, cooptations... Il est un moment ou un stade où on sort du rationnel, l’important est de trouver sa place dans cet environnement, dans ces réseaux, garder son éthique et en final croire en la victoire d’une certaine morale. Entre coups tordus et exploits personnels décrits avec fanfaronnade ou humilité selon le caractère des individus (pour ça, peu de changement par rapport aux années 79/80), le dîner donne l’occasion d’un partage très sympa et de découverte mutuelles enrichissantes. Pierre, en porte-parole tonitruant (on ne le refait pas et on l’aime comme ça) de l’hôte du soir (Marc) n’a bizarrement pas posé de questions mais donné le mot de la fin en remerciant avec justesse les serveurs et cuisiniers. Retour dans le salon diplomatique pour poursuivre le tour des copains et conjoints : eh toi ? “retraité, c’est ma femme qui bosse !” dit avec un grand éclat de rire et en présence de la dite “femme” apparemment pas malheureuse de la situation... Il est vrai qu’ils (les gestionnaires de la DPMM bien sûr) ont voulu le mettre dans un bureau en face d’un ordinateur, ce n’était vraiment pas son truc, il a choisi, bravo Yannick.

Les figures de proue de notre promotion n’ont pu se déplacer : notre évèque Jean-Marie resté avec ses ouailles bretons, notre premier amiral Charles-Edouard succombant aux charmes de la perfide albion, notre majou Tanguy, toujours retenu à d’autres occupations, notre premier civil Jean-Pierre la tête dans les étoiles, les pieds à Kourou... ou encore bien d'autres.

Mais, ils sont là !

Tout d’abord, les quatre amiraux métropolitains, fierté de la promotion. Les deux parisiens, jeunes cadres dirigeants, ont préféré la sobriété du costard-cravate, histoire de se retrouver entre copains partageant les mêmes dossiers ou plutôt la même vie du “métro-boulot-dodo” un peu abrutissante... C’est un moment de plaisir, pensons à autre chose. Nos deux toulonnais arborent fièrement leurs étoiles et ils ont raison... C’est le soleil et la joie du sud qui montent avec eux. rayonnants, ils portent bien cette promotion méritée.

Philippe, sa vie est un piano, hérédité oblige. La marine, c’était le sol... On sent qu’il n’oubliera jamais cette clé fondatrice. Mais quelle est sa gamme ? Ses camarades de promotion ou les nombreuses activités qu’il a faites et qu’il fera encore tellement il a de cordes à son arc. Passé des ascenseurs aux voiliers, de la commémoration du débarquement aux yachts de luxe, il est aujourd’hui romancier. Il me dit ça comme s’il s’agissait d’un simple job. Bravo l’artiste ! Sensible, attachant, il est toujours le premier à dynamiser notre bande de potaches pour être ensemble, vivre ensemble, se souvenir, se soutenir et monter mille projets. Lui aussi a raison ! On ne peut pas avoir vécu trois ans ensemble ces moments formateurs de notre vie d’adulte et ensuite s’ignorer. Inutile de nous tricher à nous-mêmes, nous nous connaissons par coeur, du désinvolte au besogneux, du radin au généreux, de l’individualiste au solidaire, du modeste au flambeur... C’est bien parce que chaque case est remplie que notre patchwork est si complet,...pardon, que notre piano va du do mineur au si majeur. J’attends ton nouveau roman, Philippe, le treizième ... Enchante-nous, fais-nous rêver avec Caroline K de ces nouvelles berges que, marins qui croyons avoir tout vu, nous n’avons pas encore explorées ou atteintes.

Après ceux partis depuis longtemps et si attachés, il y a notre ribambelle de “jeunes civils” : Bénédicte au nom d’Hubert, Vincent, tout sourire d’avoir rebondi chez DCNS ouvrent le chemin de ceux qui préparent leur grand saut : Patrick aux aguets, homme du silence sous-marin, pas un mot au-dessus de l’autre... Voire pas un mot du tout ; Jean-François qui s’apprette à quitter le monde du renseignement et des relations internationales pour un poste... allez faisons le pari... à l’étranger. Cinquante ans, génial de repartir à cet âge charnière on a tant acquis, on peut tant offrir qu’au-delà de l’angoisse naturelle de ne rien trouver tout de suite, la recherche doit ressembler à un jeu de carte : en souhaitant le roi de coeur, c’est la dame de trèfle que je retourne (peu séduisante), puis le 10 de carreau (pourquoi pas, grand chez les petits) ou pire le valet de pique (pour qui me prennent-ils ?)... Bon courage en tout cas les amis, je ne vous oublierai pas si j’entends parler d’un travail où je vous imagine heureux.

Jeune beau-père (il est vrai que j’ai eu le premier bébé de la promo, suivi de près par Jean-François et Eric, tous avant même d’embarquer sur la Jeanne), je retrouve les père précoces... aujourd’hui grand-pères. Stéphane, Pierre ont beau me dire qu’ils sont gâteux de leur progéniture deuxième génération, je les sens surtout fiers de prolonger leur empreinte et toujours jeunes, la discussion dérivant illico presto sur leur soif de projets... professionnels. La question éternelle du partage vie privée/vie professionnelle demeure identique qu’on soit grand-père ou pas... Ouf, cette étape que j’imagine assez proche ne me fera pas totalement changer de monde.

“Toutoune”, je me retourne. Cette soirée ne pouvait s’achever sans qu’un d’entre eux m’appelle par ce surnom enfantin, un peu grotesque... mais sans doute adapté à ??? ...je ne veux pas savoir. Dans sa tête, dans leur tête, je suis peut-être resté ce gamin qui, le soir de la Grande Terreur, était déguisé en Amphitrite, femme de Neptune, pour descendre les marches du hall d’honneur, “armée” de mousse à raser et autres cirages face à nos fistots tétanisés à genou et presque au bout de leur calvaire.

Chaque “toutoune” que j’entends me plonge dans ce flot de souvenirs heureux, de fêtes insouciantes, de cette bande de jeunes qui croquaient la vie à pleine dent, de cette ambiance de camaraderie que je souhaite de tout coeur pour mes enfants. Plutôt prompt à regarder devant et construire l’avenir, je ne peux m’empêcher de dire “La Baille ! Quelle belle époque”.

2009 aura non seulement été le trentenaire de notre promotion mais pour beaucoup le cap des cinquante ans... C’était l’âge de notre “pape”, l’amiral Denis, quand nous étions bordaches. Quel chemin parcouru ! Que d’escales, que de métiers, que de rencontres, que de vies... Se retourner ferait presque peur ou donnerait la grosse tête, alors avançons, nous avons chacun construit des familles, bâti des patrimoines, répondu à des passions qui ne demandent qu’à prospérer. Ils attendent beaucoup de nous, nous n’avons pas le droit de les décevoir et ce soir du 3 décembre, mes amis, vous m’avez tous montré que votre goût de vivre, votre énergie, votre envie d’avoir envie, comme le dirait l’un de mes moteurs, sont là et bien ancrés pour la réussite de vos projets, de votre avenir.

Dans cinq ans, dans dix ans, nous nous retrouverons avec quelques cheveux gris supplémentaires, accompagnés de nos héroïnes dont je n’ai pas assez parlé mais qui ont tant oeuvré pour nous rendre si forts. Attendris par nos enfants, devenus adultes - quelques-uns dans la marine (n’est-ce pas Eric, Laurent, Philippe, ...) - nous ferons encore moult projets et les partagerons, les yeux brillants mais que sera devenue la Marine et qui sera encore marin parmi nous ? Les paris sont lancés...

En tout cas, j’ai passé, grâce à vous tous, une très très bonne soirée. Qu’elles se renouvellent !

Amitiés sincères et profondes

Antoine alias T..T..N."

lundi 21 décembre 2009

Caroline K Pop

La fraîcheur du sujet, la précision du trait, la vivacité des couleurs, le mouvement léger et toujours délicat, tout Caroline K est dans sa dimension pop.

Le talent est vibrant, il appelle le regard dans chaque toile. et je ne m'en lasse pas.

Vous non plus, j'espère !